Deuxième texte d’orientation sur le thème « La sexualisation chez l’enfant » de l’Institut Psychanalytique de l’Enfant pour la préparation de la Sixième Journée de la Recherche, 13 mars 2021
Le trou noir de la différence des sexes
Marie-Hellen Bruce
Daniel Roa a atteint une maîtrise extraordinaire dans le traitement de ce sujet –
la « différence des sexes », progressant successivement de Freud à Lacan. Il peint le tableau tel qu’il apparaît aujourd’hui dans l’orientation lacanienne déployée par Jacques-Alain Miller à l’aide d’une seule boussole, le plaisir, qui est un concept flou. Il le fait en introduisant dans sa démarche le glissement important qui s’opère dans le discours du maître et son contraire, le discours analytique. Il nous montre comment Lacan, si sensible aux changements de la modernité, a pu prévoir les mouvements du discours du maître avant même qu’ils ne se produisent, démontrant ainsi le pouvoir prédictif de la psychanalyse lorsque la clinique renoue avec la logique et la topologie. Je me sens donc libre de commencer à introduire quelques pistes de recherche supplémentaires au cours des deux prochaines années.
Différence : la puissance du binaire
Genre ou non, grande ou petite, la différence est l’un des fondements de l’ordre linguistique. Cela fonctionne parce que c’est avant tout une opération qui sépare et relie. Elle organise des couples qui permettent, que ce soit de manière métonymique ou métaphorique, d’introduire un ordre de signifiants, de mots, de concepts, d’images, de sons. Quand vous commencerez à lire Jacques-Alain Miller, vous commencerez à comprendre le pouvoir de cette différence, et précisément à cause de cela, le pouvoir du binaire pour mettre de l’ordre dans le symbolique. C’est ainsi que fonctionne le rapport social et toutes les affaires humaines se résument à lui.
Le discours étend en effet l’action de la différence à l’ordre social, d’abord à la famille, mais surtout à toutes les structures institutionnelles : vie/mort, richesse/pauvreté, torture/tortionnaire, gentils/méchants, enfin lieu. , hommes femmes.
Mais la différence est aussi un mode de gratification, qui produit du plaisir à la fois en le renforçant, car chaque parl ê tre jouit de sa différence, et en l’effaçant. Dans le second cas, c’est la jouissance de la mêmeté /memeté/, celle du « nous » contre « eux », la fraternité/parenté que Lacan nous montre est à la racine du racisme. L’égalité /memeté/ est aussi la base du machisme. De l’ordre de différence on glisse à l’ordre de ségrégation. Il n’y a pas de ségrégation qui ne s’attache à une différence rapportée aux modes de jouissance. La différence qui sous-tend l’ordre symbolique et alimente la gratification imaginaire a les effets du réel.
La différence des sexes, généralement binaire, connaît un bouleversement sans précédent. Certaines tendances dans les opinions tentent de le sortir du binaire S1 – S2 pour tenter de le pluraliser – LGBT – ou de l’effacer complètement : nier le genre ou exiger l’absence de genre/la neutralité. L’une des tendances de l’époque est de privilégier le ou inclusif – ou a, ou b, ou les deux – sur l’exclusif ou– a ou b, mais pas les deux. Mais les forces binaires relatives à ces mouvements émancipés sont également utilisées et provoquent en réaction un mouvement conservateur qui s’affirme contre la vie politique mondiale : Bolsonaro, Trump et la montée des religions et des sectes. On a vu en France ce mouvement contre le soi-disant « mariage pour tous », retour aux notions patriarcales traditionnelles de la différence des sexes.
Tout l’enseignement de Lacan traite de la question de la différence de genre dans l’être parlant, non pas de la nature/biologie, mais du langage et du sujet. Ce changement radical de perspective sépare le phallus du pénis, et donc le signifiant de l’organe, et culmine dans le Séminaire XX, Encore . Passant du sujet au corps parlant, la différence cesse d’être organisée par l’ordre binaire et cède la place à l’opposition non binaire entre le Tout (Tout), incluant tous les êtres parlants de quelque sexe que ce soit, et le non-tout ( pas – tout ) qui en fait ne permet plus à la différence binaire de les maintenir ensemble.
Mais pas si vite ! Partons de la clinique de l’enfant, qui naît encore très souvent dans la structure familiale traditionnelle. Daniel Rois conclut son texte par la remarque faite par Jacques-Alain Miller lors de son allocution lors de la première journée de travail de l’Institut de l’enfant : « Il incombe à l’Institut de l’enfant de restituer la place du savoir de l’enfant, ce que l’ enfant sait. » Je m’oriente vers cette recommandation qui donne ici à la filiation /génitif/ son sens révolutionnaire au sens propre et donne donc à l’ Institut de l’Enfantsa force. Pas ce que nous – les « chiens », les adultes – savons sur l’enfant, mais ce que nous apprenons de sa bouche. C’est la révolution psychanalytique mise en branle par Freud et son travail avec le sujet hystérique. Lacan applique cette formule d’extraction du savoir par la clinique analytique tout au long de son parcours.
Changements dans les structures de genre – ou la seconde mort de Laïos
Un analyste en séance raconte ce qui lui est arrivé. Un samedi matin, il était avec sa femme au lit, dans l’intimité de leur chambre, parlant avec désinvolture, lorsque leur plus jeune fils est entré, s’est tenu près du lit et a dit : « Toi ! Tu vas être surpris ! » Le garçon va dans sa propre chambre, puis revient avec son épée en plastique et sans dire un mot poignarde la couette de toutes ses forces, juste là où se trouvent les organes génitaux de son père en dessous. Version moderne d’Œdipe, fondement de la structure psychique freudienne et de la psychanalyse. Une grosse surprise pour Lai – même s’il est en test !
Ajoutons un élément de plus : au début des années 1980, un analyste travaillant avec des enseignantes de maternelle et de maternelle a remarqué que lorsqu’elles lui apportaient des dessins de leurs jeunes élèves, les mots « masculin » et « féminin » n’étaient pas utilisés par les enfants pour indiquer la des différences entre les sexes – on dirait aujourd’hui des différences genre/genre – parce que le langage, si l’on y prête une attention particulière, comme l’exige la psychanalyse, est un savoir inconscient. La différence à trouver était entre « père » et « mère » : il y avait des pères et des mères, pas des hommes et des femmes.
Ces deux vignettes cliniques m’ont amené à la conclusion que le discours du Maître avait changé. D’une part, le genre prime sur le sexe, d’autre part, Lacan constate à plusieurs reprises que le père et le patriarcat connaissent un certain recul dans les sociétés actuelles, invariablement et globalement organisées par l’économie capitaliste, subordonnant le nom à l’objet. Au niveau juridique, par exemple, la loi a remplacé « père » et « mère » par « parent », et l’idée de « parentalité » a modifié la répartition de l’autorité dans la famille. Sans oublier les « droits de l’enfant ».
La « parentalité », comme le mariage « pour tous », montre l’évolution des structures de la parenté et donc des liens familiaux. On est allé vers l’universalité, qui peut s’exprimer par la formule « pour chaque parent », quel que soit son sexe ou son genre… Quelles nouvelles connaissances émergent chez l’enfant qui est confronté à ces changements ?
À l’ère de l’ordre social de fer, où en est l’écart entre les sexes ?
Dans « Télévision » en 1973, Lacan soutenait que « l’ordre familial n’est rien d’autre que la transmission du fait que le Père n’est pas le parent, et que la Mère se réduit à celle qui infecte la femme pour le petit homme [1] . « Est-ce encore le cas ? Que les enfants en 2021 chevauchent encore l’homme avec le Père et la femme avec la Mère ? Comme Lacan l’envisage dans le Séminaire XXI, « Les non dupe serrent », utilisant le « nœud borroméen comme algorithme », « l’ordre social strict » se substitue à l’ordre familial patriarcal. Adieu à la mère et au père, bonjour à la parentalité : la castration a été déplacée. La fonction phallique est paradoxalement subordonnée du côté des identifications, soit au corps – une identification imaginaire, soit au genre/genre social/– nouvelle version de la dénomination devenue auto-nommage. La seule chose qui demeure stable est la différence elle-même comme fonction engendrée par le langage, et donc par le réel du choix, qui est la définition minimale de la castration.
Pour l’enfant, cela revient à n’être plus l’effet mais le fondement de la famille, à choisir sa place de différence, devenue multiple. Laquelle choisir ? Comment l’enfant fera-t-il cela ? Suis-je un homme ? Ou une femme ? Un bi ou un ? Un ou un trans-? Homme hétéro ou femme hétéro, homo-? …etc.
Deux notes. Le premier est lié au langage, parce qu’il ne reste finalement que cela, parce que lui seul n’est pas soumis au choix : la formulation admise aujourd’hui n’est plus transsexuelle, mais transgenre/transgenre. Cela montre que le préfixe « trans- » concerne l’être de la parole, non l’inexistence qui est une conséquence de l’empreinte de la langue sur le corps lorsqu’elle parle. Deuxième note : la thèse de Lacan selon laquelle les minorités sont responsables des changements de modes de jouissance des êtres parlants est confirmée. Le terme « hétérosexualité » apparaît dans la langue après le terme « homosexualité », et « cis-genre »/cisgenre après « transgenre ». L’enfant en tant que « pervers polymorphe » est donc pleinement identifié comme inventeur.
Le bordel du phallus et les plaisirs uniques
A partir de là, il n’est pas facile d’utiliser le terme « fonction phallique ». Depuis Freud, la différence des sexes a été, avec plus ou moins de succès, liée au terme de phallus, dans la mesure où il ne se réduit pas simplement à l’anatomie masculine, ou pour ainsi dire au pénis. Dans ce cas, il est basé sur la forclusion de l’anatomie féminine. Ernest Jones et d’autres contestent ces hypothèses. Pierre Navὸ consacre une importante étude à cette période de la théorie analytique.
Le cours 2008-2009 de Jacques-Alain Miller intitulé « Les belles choses de la psychanalyse » remet définitivement les pendules à l’heure. Il concrétise l’expression de Lacan des Ecrits: « La variété du complexe de castration », terme qu’il préfère à cette période de son enseignement au terme classique complexe d’Œdipe. Le phallus est un « méta-signifiant », renvoyant le désordre au « courant de vie », au « signifiant imaginaire », au « signifiant symbolique », signifié, sens, sacrifice, symbole, signe, organe, etc. Comme le note Miller, Lacan crée « le monde libidinal et le fait tourner autour du signifiant : le phallus. Il a parlé pour tout le monde. Et comment! Tout dit que ce signifiant est imaginaire. » Le phallus parle à tout le monde et fait frémir les psychanalystes. Du point de vue du travail clinique, au mieux, le malentendu est utilisé comme fondateur de la parole, et au pire, l’ignorance est voilée. C’est pourquoi Miller réduit la variété du méta-signifiant à une seule valeur : la valeur « moins », qui limite la jouissance et rend ainsi le désir possible. C’est évidemment la raison pour laquelle Lacan s’attarde sur le « complexe de castration » au lieu du « complexe d’Œdipe ».
Les soi-disant complexes et le phallus avec ses diverses définitions ont été et sont des moments de limitation et de préjugé dans la prise de position réactionnaire de la psychanalyse freudienne, post-freudienne et même lacanienne. Lacan s’est toujours gardé de tels dérapages dans le discours du Maître, contrairement à certains de ses élèves, comme Françoise Dolteau. Ainsi a-t-il toujours distingué le sujet de l’individu et du moi. Il déshumanise le père en le réduisant au nom – le Nom-du-Père – en le réduisant à une fonction métaphorique, et il déshumanise la mère en la réduisant au désir. Il ne manque jamais de rappeler que cette opération, qui touche au fond du symbolique en psychanalyse, a été l’une des raisons de son éloignement du monde analytique à l’époque, et la raison pour laquelle il n’est jamais revenu au séminaire.
Si l’on réduit le phallus à un signe moins, comme le fait Miller, à cette valeur commune qui permet au corps parlant d’entrer en communication et en échange, comment aborder la différence des sexes, sinon par l’unicité des modes de jouissance ? A l’heure où le statut de l’enfant dans la famille a changé, où l’enfant est passé d’un produit à une base, comment aborde-t-il l’absence, ce « moins », conséquence inévitable du langage sur le corps et la relation ? discourir ? Comment l’enfant parle-t-il du choix de son mode unique de plaisir ?
Mutant ou hybride ? Les théories sexuelles des enfants
Deux autres vignettes cliniques démontrent le pouvoir des connaissances inventées par les enfants. Une petite fille après l’âge de deux ans impressionne sa famille en exigeant de porter plusieurs robes les unes sur les autres afin d’affirmer sa féminité, dans la logique de devenir fétiche, et reçoit pour son sixième anniversaire un petit carnet avec l’inscription – journal de La princesse – La prise de contrôle capitaliste des contes de fées. Un an ou deux plus tard, cet objet /le journal de la princesse/, abandonné, tombe entre les mains d’adultes curieux. Quelques dessins et la phrase suivante écrite page après page : « Le prince est un abruti » Merde ! Je ne le savais pas, mais j’aurais dû le savoir. C’est évident! Il ne sert qu’à réveiller la Belle au bois dormant. C’est aussi la réminiscence du film Kill Billde Tarantino, dans lequel le nom de l’héroïne est brouillé sur la bande originale : alors qu’elle est dans un coma profond après avoir été touchée à la tête par une balle tirée par l’homme dont elle est amoureuse, ses « faveurs » sont appréciées par son gardien personnel. Un jour, la belle endormie se réveille soudainement et se transforme en cette version capitaliste de Prince Jerk – comme je l’ai découvert plus tard. Ces contes, voire ces mythes, à quelles structures renvoient-ils ?
Au Séminaire XIX, Lacan commence à développer les formules de la sexualisation, et au chapitre 7, que Jacques-Alain Miller a intitulé « Le partenaire qui disparaît », il déclare, parlant de ses conversations, ou plutôt de son refus d’avoir des conversations, avec Simone de Beauvoir sur le titre qu’elle a choisi – The Second Sex – que « Il n’y a pas de deuxième sexe ». Il définit la sexualité comme une fonction : « La fonction appelée sexualité est déterminée par le fait que les sexes sont deux, pour autant que nous en sachions quelque chose, et que nous en sachions très peu, et cela uniquement par notre expérience »… . A partir du moment où le langage commence à fonctionner, il n’y a plus de deuxième genre. Ou, pour le dire autrement, en termes de ce que nous appelons l’hétérosexualité, le mot hétéro , qui en grec est utilisé pour signifier un autre, est en position — en vertu du rapport à l’être parlant dit genré — de se vider de son être. Ce vide qu’elle offre à la parole, c’est justement ce que j’appelle la place de l’Autre, justement la place où s’inscrivent les effets de ce qui se dit… Alors, deux ou pas deux ? La loi de différence, la loi d’articulation S1 – S2, est-elle valable ?
La même petite fille, parlant un jour à son frère, lui lâche : « Tu sais qu’il n’y a pas que des garçons et des filles. » Le frère est surpris. « Il y a aussi des ‘filles garçons’ et des ‘garçons filles’. Moi, je suis un garçon manqué. » Le frère a sèchement répondu qu’il n’était pas du tout question qu’il soit classé comme un garçon manqué. La conversation est terminée. Il n’y a pas de lien entre les sexes, même si l’on multiplie les cas et essaie d’élargir les catégories. Pourquoi? J’ai une idée. Il semble que ce ne soit pas dans la répétition de la formule « la femme n’existe pas » qu’il faille chercher, car il est clair que « l’homme n’existe pas ». Nul n’échappe au fait qu’à partir du moment où l’on parle de la différence des sexes, on est amené dans le discours à parler en termes universels : « les hommes », « les femmes », « les autres ». Bref, on ne s’écarte pas de l’universel, caractérisée par la fausse vérité et par le sens, hélas le plus souvent général, sens dominant. Dans et par le langage, la sexualité parcourt les voies de la parole, et chaque locuteur se retrouve à la table de la sexualisation, qui apparaît dans le Séminaire XX, Encore , avec ses deux formules de sexation du côté masculin : il existe x tel que non phi de x et pour tout x, phi de x.
Pour caractériser les effets de la différence de genre sur la parole et le langage, on peut utiliser le modèle du trou noir défini par les astrophysiciens dans le cadre de la théorie de la relativité. Tout ce qui pénètre à l’intérieur d’un trou noir – toute information, toute matière – est assimilé par le trou noir, qui n’est caractérisé que par trois éléments : son poids, sa vitesse de rotation et sa charge électrique. Tous les objets qui y tombent deviennent inaccessibles. Dès l’instant où l’on entre dans le champ de la différence des genres, tout ce qui définit l’exclusivité des modes de jouissance et des positions subjectives devient inaccessible. Le binaire masculin/féminin neutralise toutes les autres différences et rend les corps parlants inaccessibles en termes de prévisibilité et de non-universalité de leur organisation. Le côté dit féminin, éclairée par Lacan, est une tentative de rendre accessible ce qui est inaccessible du côté du masculin, réglé par le régime de l’un de l’exception et du tout de l’universel. Du côté féminin, l’écart entre les sexes devient totalement « asymétrique ». Le féminin est pensable si seulement on exclut toute idée de complémentarité, d’inclusion, voire de contradiction.
Sans doute, la différence des sexes ne peut se formuler que dans le champ de l’identification et du fantasme. Être genré n’est possible que du point de vue de la logique du tout et de l’exception phallique. « L’homme, le masculin, le masculin… est une invention du discours. » Ajoutons que la femme l’est aussi, en fonction de Phy, comprise comme mesure de valeur. De plus, on peut généraliser la formule Femme n’existe pas pour Homme . Le genre est un effet du dire. Quels mots les enfants utilisent-ils aujourd’hui pour exprimer leur appartenance ? Ont-ils de nouvelles théories sexuelles ?
La différence est (in)sexuée : différences liées à la contingence
La différence entre les sexes du côté de la jouissance est liée aux objets de jouissance en plus, ou à l’objet un peu . Cela la transforme en une fonction de dominance de tel ou tel objet, dominance dont l’origine est due à des traces accidentelles dans l’histoire du sujet, qui précisément en étant dominante et figée, provoque la répétition et donc la nécessité.
Ces objets ont un élément commun que, depuis Freud, les psychanalystes ont tracé. Ils renvoient aux ouvertures du corps, au passage conçu d’abord comme allant de l’intérieur du corps vers l’extérieur. Les objets permettent à l’imagination de redevenir une surface avec un bord.
La conséquence est que, appliquée aux orifices d’un corps, la sexualité est essentiellement auto-érotique, même si ces objets se situent dans l’Autre. On peut y lire la montée moderne du rapport social du discours où le plaisir d’un corps est livré aux exigences plus strictes d’un autre corps, alors que dans le même temps l’interdit traditionnel de la masturbation a disparu. Oui au fantasme qui anime l’auto-érotisme, et non à l’acte lui-même : la prolifération du porno et l’empire de l’image sur les réseaux sociaux modifient-ils l’accès des enfants à la sexualité, et si oui, comment ? Les enfants d’aujourd’hui sont-ils polymorphiquement pervers ou plutôt puritains ?
Et l’amour?
En 1978, Séminaire XXVI « Topologie et Temps » , Lacan parle de la possibilité d’un troisième genre à partir de son choix du « nœud borroméen généralisé ». « Il n’y a pas de sexe/genre, c’est ce que je dis, parce qu’il y a l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel, c’est ce que je n’osais pas dire. C’est ce qui sous-tend la relation sexuelle », poursuit-il. Que les gens font l’amour. Il y a une explication à cela : la possibilité d’un troisième sexe. De manière énigmatique, se rendant la tâche difficile, il y revient pour dire que « ce troisième genre ne survit pas en présence des deux autres » qui exigent violence et domination. C’est pourquoi il ne compte que sur l’amour.
L’amour se moque-t-il de l’écart entre les sexes ? Comme dans la haine comme dans l’amour, la différence sexuelle peut-elle cesser de s’écrire, se décomposer en différence absolue, la différence sexuelle dans l’amour cessera-t-elle d’être binaire et classificatoire, donc ségrégative ? Que peuvent nous apprendre les enfants sur l’amour comme accès au troisième sexe ?
Traduction de l’anglais : Tsvetelina Ivanova
Montage : Vesela Banova et Petya Dimitrova
[1] Je pense qu’ici le « petit homme » est l’enfant /bel. Éd./